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Leurs arguments

Andreas Ramseier

Architecte (Ramseier & Associates)

Entretien de Andreas Ramseier parue dans Le Temps du 5 novembre 2014

Quelle réflexion spécifique impose la conception d’un centre commercial aujourd’hui?

Il est important d’établir une continuité entre architecture extérieure et intérieure. Dans le cas de Confédération Centre, la rénovation porte principalement sur l’intérieur, qui sera entièrement refait, mais il fallait aussi retoucher légèrement la façade extérieure dans sa partie basse. Aujourd’hui, le bâtiment souffre de cette façade qui donne pourtant sur la rue la plus passante de Genève. Elle ne dit rien. Elle ne raconte pas l’histoire de ce qui se passe à l’intérieur. Elle ne remplit pas sa fonction de carte de visite et c’est ce que nous souhaitons changer. C’est la raison pour laquelle nous avons pris le parti d’une marquise qui surplombe les deux premiers niveaux sur toute la longueur du bâtiment. Nous avons aussi voulu donner davantage d’ampleur et de visibilité aux entrées pour susciter l’envie de s’engouffrer dans la galerie.

Vous allez rendre le centre plus cohérent, lui donner une plus grande visibilité?

Oui, et pour y parvenir, paradoxalement, nous n’ajoutons rien, mais nous supprimons au contraire ces auvents et tous ces éléments métalliques qui, de fait, cachent aujourd’hui la façade. La nouvelle marquise permettra de simplifier le message – en plus de protéger des intempéries, bien entendu. Nous jouons également sur la verticalité en montrant deux étages superposés de vitrines. Le concept permettra même de déployer certains magasins sur trois étages, ce qui est très demandé dans les grandes villes pour une même enseigne qui, une fois qu’ils sont entrés chez elle, veut garder les clients le plus longtemps possible.

Comment avez-vous défini l’espace intérieur?

Actuellement, plusieurs espaces étriqués sont coupés du reste de la galerie. L’aire centrale souffre d’erreurs de conception comme ces escalators qui obturent littéralement la vision. Dans une galerie commerciale, le chaland doit pouvoir embrasser d’un seul regard le plus large espace possible, horizontalement mais également en hauteur. Il fallait donc trouver le moyen d’exploiter au mieux la surface à disposition, de redessiner les lignes intérieures pour plus de clarté et une meilleure fonctionnalité des flux clients et visiteurs. Bien entendu, cela passera par l’abandon du marbre et de tout le clinquant actuel, qui seront remplacés par des matériaux naturels comme le bois qui formera plusieurs ponts en bois, comme ceux d’un bateau, de forme organique avec des lignes fluides et flottantes.

Vous avez fait tout un travail sur la lumière

Dans un centre commercial, la maîtrise de la lumière naturelle est toujours complexe. Il faut la laisser entrer tout en la domptant. Il faut éviter qu’on passe du sombre à l’éblouissement en fonction des conditions météos à l’extérieur. Ici, la lumière du jour entre depuis la terrasse de la brasserie Lipp et on augmentera les surfaces vitrées pour optimiser son rayonnement. Le sol anthracite évitera qu’il y ait trop de réflexions et donnera à la galerie une dimension chaleureuse qui fait défaut aujourd’hui. Un concept lumière sera mis en œuvre qui créera un léger décalage entre la luminosité de l’aire centrale et des magasins, pour mettre ceux-ci en valeur. Les leds seront réglés en fonction de la lumière extérieure et de sa fluctuation (saison, heure du jour, conditions météorologiques) pour une atmosphère constante.

Géraldine Schönenberg